Faut-il connaître Broglie ou y avoir vécu pour apprécier ce livre ?
Non, je ne le pense pas. Bon nombre de lecteurs n’ont jamais vu ce petit village. J’incline à penser que le relatif succès du livre, vient du fait qu’il relate avec simplicité, les vertes années de l’enfance, et celles-ci (avec des bonheurs différents hélas, pour certains d’entre-nous), vivent endormies au plus profond de nous, ne demandant qu’à resurgir.

Pour les personnes qui n’ont pas encore lu votre livre, pouvez-vous nous « planter le décor » du livre, le décor de votre enfance à Broglie ?
Un petit village, de l’Eure, région d’eau et de verdure. Broglie et la Charentonne, ce cours d’eau tranquille traversant prairies, jardins potagers et fleuris. Douce rivière aux rives paisibles plantées de grands peupliers. Elle est sous l’occupation allemande, le théâtre des heures sereines et heureuses d’un petit garçon élevé par sa grand-mère jusqu’à l’adolescence.

Comment vous est venue « l’idée », l’inspiration pour cet ouvrage ? Un besoin d’écrire vos souvenirs, la nostalgie « du bon vieux temps » ?
Je voulais à travers un roman, témoigner de ce que j’ai vécu de merveilleux. Ce n’était d’ailleurs pas forcément « le bon vieux temps ». Je voulais en m’inspirant de ma propre histoire, écrire une histoire qui fasse rêver ceux qui la liraient.

Pourquoi avez-vous choisi de changer votre nom en François pour le livre ? Tous les personnages sont-ils vrais, existent-ils encore, les voyez-vous toujours ?
Par pudeur sans doute. J’ai voulu me cacher derrière le personnage de François, je n’y suis pas entièrement parvenu. Pour une grande part les personnages sont authentiques. Pour certains j’ai conservé la véritable identité. Si je les revois ? J’en revois avec bonheur de nombreux : mon institutrice mademoiselle Rouyat. Je revois Anne la fillette mythique du livre (Elle est devenues 50 ans après les faits, ma meilleure amie). J’ai revu et je revois Jacqueline Clanet la fille du couple d’instituteurs des années 1940 à Broglie : Monsieur et madame Clanet. Je revois aussi plein de camarades avec lesquels j’ai usé mes culottes courtes sur les bancs de l’école de Broglie (Les frères Yvelin et leur sœurs Marie-Madeleine, Raymond Morin, André Legrand, Serge Duval et bien d’autres encore). Je n’ai pu revoir trois personnages importants du livre, et que j’aimais : Tirusse, le gros lulu et Charlot, tous les trois sont décédés. Cependant en septembre, j’ai reçu un courrier par l’intermédiaire de mon éditeur, il émanait de Paricia Santini-Accard. Son père n’était autre que le petit Robert - alias Tirusse- de mon livre. Le gros Lulu était son oncle, et Charlot, Charles Borel le propre frère de la maman de Patricia : Marguerite Borel.

Combien de temps avez-vous mis pour écrire Broglie et la Charentonne, vos souvenirs sont-t-ils revenus rapidement, étaient-ils gravés ?
J’ai écrit Broglie et la Charentonne d’un seul jet. En 4 mois le récit était couché sur le papier. Parachevé, relu et corrigé 8 à 9 mois au total. Les souvenirs étaient en effet, gravés dans mon souvenir. Je n’avais aucun journal, aucunes notes écrites.

Comment, quand vous est venue cette « passion » pour l’écriture, y’a t-il un ouvrage qui vous a donné envie d’écrire ?
J’ai toujours eu le goût de l’écriture. Mon entourage m’encourageait à celle-ci. Un jour mon épouse m’a remis une ramette de papier, et m’a dit : « écris un livre tu en es capable. » Je pensais que c’était fou de croire cela de moi. J’avais 55 ans. Mais l’ouvrage catalyseur a été « Le Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, mon livre de chevet, que je relis chaque année 8 jours avant Noël. J’en possède différentes éditions reliées. J’ai découvert ce livre chez madame Clanet institutrice des années 1940 à Broglie. Quelques chapitres figuraient dans notre livre de lecture. Je trouvais que notre école et notre vie étaient celles de l’immortel chef-d’œuvre ; il m’a fortement inspiré, d’où dans ce premier roman, de fortes fragrances de craie, de crayon taillé, de cahier, de colle et d’école.

Quel personnage connu auriez-vous aimé rencontrer et pourquoi ?
La descendante de Jean de La Varende. J’aurais voulu voir où écrivait, où vivait ce grand écrivain. J’admire son œuvre. Elle m’a donné, elle aussi, l’envie d'écrire. Dans les années 1950, venant chez ma grand-mère à Broglie, j’apercevais le grand homme à l’église, accompagné de sa jeune secrétaire. J’aurais aussi aimé pénétrer dans le château de Broglie, être reçu par le descendant du duc Maurice de Broglie qui venait nous rendre visite pendant la guerre, à l’école près du pont.

Qu’évoque pour vous la rivière Charentonne ?
La rivière Charentonne évoque pour moi le flux d’une vie simple et sereine. Jusqu’à mon dernier souffle j’y verrai en contrepoint, les images heureuses de ma vie, celles de l’affection de l’amitié, de l’amour et la tendresse que j’y ai connues, de ma mère, de ma grand-mère et de ma compagne. La Charentonne c’est le pays de Broglie, « Le Pays Bleu ».

Vous qui avez écrit sur Broglie et sa fameuse gare, que pensez-vous de la transformation de l’édifice ferroviaire en bibliothèque municipale ? N’est-ce pas en quelque sorte un clin d’œil de « l’histoire » ?
En effet, j’ai écrit sur Broglie et sa fameuse gare. Elle figure dans une nouvelle de mon second livre « La maison de Magali ». Elle aurait été en bonne place dans Broglie et la Charentonne, mais je l’avais égarée. Excellent initiative que sa transformation en bibliothèque. Oui la gare SNCF de Broglie fait partie de notre histoire, de celle de nos petits villages reliés entre-eux par le chemin de fer. En attendant le train on bavardait, qui avec un habitant de Broglie, un voisin ou un parent, qui avec une personne des alentours, perdue de vue.